Équation ou les calculs de l’univers

En pleine rénovation, Alice avait grand mal à choisir les carrelages nécessaires à ses transformations. Pour l’aider, l’entrepreneur chargé des travaux lui avait gentiment proposé de l’accompagner chez son grossiste. Alice avait apprécié le geste, mais très indécise, elle avait demandé à son amie Marie de lui rendre le service de se joindre à eux. L’un pour la conseiller sur la qualité des produits. L’autre pour l’aider dans le choix des colories.

Après un bon moment d’hésitation, de discussion à trois dans les rayons, Alice avait fini par trouver son bonheur. Sur le parking, le trio avait continué de parler à bâtons rompus avant de se disperser. Le soir, Marie avait dit à Alice :

  • « C’est très curieux, j’ai eu l’impression de connaître ce Monsieur alors que je le voyais pour la première fois ! »

Une fois les travaux commencés, Alice et Norbert étaient tombés amoureux. Les amis d’Alice étaient devenus les amis de Norbert. Durant toute une année, les anniversaires des uns et des autres, les sorties dans des lieux ouverts au public, avaient été des opportunités de rencontres. Marie trouvait en Norbert un air de ressemblance avec son fils au niveau caractère. Même style d’hommes gentils, serviables, honnêtes, fidèles en amitié, travailleurs, même manière d’exprimer les choses, d’appréhender le monde, etc.

Le temps passa jusqu’à ce que Marie envoie un SMS à Norbert pour savoir comment solutionner un récurant souci de canalisation sur le lieu de travail de son fils ! Depuis plusieurs mois, pas moyen de faire deux lessives d’affilées sans que l’évacuation de la machine à laver ne regorge dans l’évier jusqu’à le faire déborder.

Vinaigre, bicarbonate, eau bouillante, cinq mètres de furet manuel puis dix. Après avoir épuisé un tas de produits naturels, le fils ne sut plus quoi faire pour dissoudre le bouchon récalcitrant. Finalement, Norbert qui souhaitait faire la connaissance du fils, proposa à Marie d’y aller avec elle. Un rendez-vous avait été rapidement fixé. Arrivés au salon, les deux hommes s’étaient serré la main :

  • Bonjour ! Xavier !
  • Bonjour ! Norbert !

Après une redirection de la tuyauterie, entendre de nouveau le glouglou rapide de l’écoulement avait donné le sourire au trio. Avant de repartir, les deux hommes avaient décidé de se retrouver au restaurant un soir prochain.

En congé à peine une semaine plus tard, Xavier téléphona à sa mère :

  • « Je suis sur la route, je viens pour faire la révision de ta voiture. Ce soir, restaurant, prévient Norbert ! »

La chaleur caniculaire dorénavant derrière eux, la nuit était douce lorsqu’ils sortir du restaurant. Le courant était bien passé entre les deux nouveaux copains dont les conversations furent animées de leur passion commune pour les voitures. Xavier qui n’avait pas terminé son travail de révision, resta dormir chez sa mère.

Ils venaient de finir de déjeuner lorsque le lendemain, Norbert téléphona. Marie mit le haut-parleur pour que son fils puisse prendre part à la conversation. Mais fatigué, il s’assoupit. Lorsqu’ils raccrochèrent, le fils dormait pour de bon !

La mère était occupée sur son PC lorsqu’elle vit tout d’un coup son fils bondir du canapé.

  • Je le connais ! Je le connais ! Je le connais !
  • Tu connais qui ? demanda-t-elle surprise.
  • Norbert ! Comment s’appelait sa femme ?
  • Noëlle !
  • Oui, c’est ça ! Tu connais le prénom de son fils ?
  • Noah !
  • Tout à fait ! dit le fils de plus en plus enthousiaste. Pour lui couper les cheveux lorsqu’il était petit, il fallait lui donner un pain au chocolat ! Je vais te dicter des questions que tu vas lui poser par SMS, une notamment ! S’il te donne la réponse que j’attends, il sera bien le Norbert que j’ai connu il y a plus de vingt-cinq ans. En fait, il y a juste un truc qui m’empêche de penser que c’est lui ! Le Norbert que j’ai connu n’exerçait pas dans un métier du bâtiment.
  • Il l’est depuis seulement quatorze ans donc en effet, il ne l’était pas à l’époque !

Marie devenue curieuse, s’exécuta :

  • Norbert ! Xavier demande quel était ton métier d’avant ?
  • Technicien !
  • C’est ça ! A t’il eut des Renault cinq ?
  • J’en ai eu deux. Une bleue alpine et une bordeaux !
  • Demande-lui comment changer une chaîne de distribution sur cette voiture ? Il avait une manière de faire bien spécifique. J’attends cette réponse-là ! dit-il le regard suspendu aux lèvres de sa mère qui lisait les réponses de Norbert.
  • Dis à Xavier que le plus facile, c’est de passer par l’habitacle entre les deux sièges avant. Faire en sorte de dégarnir derrière la console de l’autoradio, découper la taule. Ainsi il a l’accès direct. Ensuite, il met une taule riveté.
  • Waouh trop fort ! C’est lui ! J’ai reconnu sa voix lorsque je me suis assoupi tout à l’heure !

Marie sidérée d’assister à leurs inconcevables retrouvailles prit sur elle de répondre :

  • Ben alors Norbert, tu n’as même pas reconnu Xavier !
  • Je pense que si ! Il était le coiffeur de mon fils petit ! Je l’ai reconnu hier. Mais, moins rondouillard, avec une barbe et vingt-cinq ans de plus, je n’étais pas certain. Son prénom aussi m’avait interpellé, mais il n’est pas le seul coiffeur à se prénommer Xavier ! Pas certain, j’ai préféré ne rien dire plutôt que de dire une bêtise.

Lorsque Marie avait rencontré Norbert un peu plus d’un an auparavant, elle avait eu le sentiment de le connaître. Et voilà que les deux nouveaux copains, découvraient être amis depuis plus de vingt-cinq ans. A l’époque, ils bricolaient ensemble sur les voitures et les mobylettes. Avec leurs épouses, les deux couples se recevaient l’un chez l’autre. Bref ! Ils se ressemblaient beaucoup d’où une profonde amitié. Lorsque le couple de Xavier avait déménagé, ils s’étaient perdus de vue. Avec le temps, l’un comme l’autre l’avait regretté, mais le temps passant, ils n’avaient plus osé se recontacter.

Marie avait donc régulièrement entendu parler de Noëlle et Norbert par ses enfants. Aujourd’hui tous les deux divorcés, ils se retrouvaient d’une manière peu ordinaire !

Trop fort ! Ils étaient scotchés tous les trois ! Mère et fils étant fusionnels, Marie aurait-elle reconnu Norbert via l’énergie dégagée par sa voix bien connue de son fils ? Étrange explication, mais pourquoi pas !

Le soir-même au téléphone alors que Xavier était sur la route du retour, Marie dit à Norbert :

  • Je n’en reviens pas de ce qui arrive ! Pour rester dans mon univers, il ne s’agit pas de synchronismes, pas de coïncidences, pas non plus de destin. C’est dingue, Je ne sais pas comment appeler ça ? Quel mot mettre dessus, mais je suis scotchée ! Comment dire ?! La vie a utilisé un labyrinthe, elle nous a joué des tours invraisemblables pour arriver à ses fins de retrouvailles.
  • Attends un instant Norbert, je vérifie la signification étymologique de ton nom !
  • Oups ! Ton nom signifie « tour » !  
  • Marie, tu parles de synchronismes et moi d’équations. Une équation sert à faire des droites et/ou des courbes dans le but de découvrir des inconnus. 
  • Si cela ne t’ennuie pas, reprenons cette histoire à son départ ! dit Marie de plus en plus intéressée.
  • Non au contraire, dès qu’on parle d’équation, je suis à fond dans un domaine qui m’intéresse.
  • L’univers est constitué d’un tas de synchronismes qui se regroupent, mais je ressens qu’il me manque un mot à mettre dessus ! J’ai l’impression que tu vas me donner ce mot.
  • J’en suis convaincu aussi. Si tu le veux bien, je vais te parler des équations ! Une équation c’est deux synchronismes qui se rejoignent en un point. L’univers est une succession d’équations. C’est ce que tu fais avec tes synchronismes, tu tisses des toiles où tout se rejoint. 

Tiens, curieux ! dit-il tout à coup sur un ton interrogatif ! Marie, je fais une parenthèse : toi et moi nous sommes connus grâce à Alice ! J’ai mis fin à ma relation avec elle ce matin, le jour-même où j’allais retrouver Xavier. Incroyable ! Pour moi, il ne s’agit pas de destin, mais d’équation. Je connais ton fils depuis plus de 25 ans et au salon comme au restaurant, nous ne savions pas que nous parlions entre amis de longue date. Pour t’expliquer l’équation, il faut remonter à la source de ma rencontre avec Alice.

  • J’étais en visite chez un client où Alice travaillait. Nous ne nous connaissions pas. Elle, elle vaquait à ses occupations et moi je parlais avec mon client dans une autre pièce. Plus tard Alice m’a dit avoir été attirée par ma voix, c’était plus fort qu’elle, il avait fallu qu’elle aille voir pour savoir qui j’étais. Lorsqu’elle avait su quel était mon métier, elle m’avait demandé une carte de visite pour me contacter au moment d’entreprendre ses travaux.
  • Tu te souviens du nom de ton client ?
  • Il s’appelait G. G.
  • Selon mon ouvrage sur les étymologies, son prénom signifie, je cite : « lance, pique, dur, courageux ». Au regard des symboles du prénom de ce monsieur, toutes les liaisons qui l’entourent, n’apparaissent pas de bon augure. Lance, pique, dur, trois mots qui invoquent des disputes. Concernant le mot courageux, il vous en a peut-être fallu du courage pour tenir.
  • C’est exactement ça !
  • Toujours selon mon ouvrage sur les étymologies, le nom de ton client signifie « céder lâchement ».
  • Oh là, là ! Je comprends mieux ma rupture de ce matin. Tiens, reprenons l’équation uniquement avec les personnages :
  • Je rencontre Alice chez mon client G. G. Elle me présente Marie (toi). Tu me parles des problèmes d’évacuation au salon de ton fils. Lui et moi nous retrouvons au bout de 25 ans. Sans G. G. jamais je n’aurai connu Alice et sans Alice qui est la ligne droite de l’équation, toi et moi ne nous serions pas connus et jamais Xavier et moi, ne nous serions retrouvés.
  • Expliqué ainsi ça rejoint ce que je fais depuis des années !
  • Marie, il faut savoir que les équations peuvent être simples comme celles en ligne droite. Mais une vie n’est jamais linéaire, il y a un tas de paramètres. L’univers sait faire une équation complète extrêmement complexes avec une multitude de dérivés qui se rejoignent. 

ÉQUATION selon l’encyclopédie Larousse :

  • Égalité qui n’est vérifiée que pour certaine(s) valeur(s) de la ou des inconnue(s).
  • Littéraire. Égalité de rapport ; concordance, adéquation : L’équation entre le lecteur et l’écrivain.
  • Astronomie
    Quantité dont il faut modifier la position d’un corps céleste pour la ramener à ce qu’elle serait si cet astre était animé d’un mouvement circulaire uniforme.
  • Chimie
    Écriture symbolique d’une réaction chimique sous forme de deux membres séparés par une flèche, le premier membre contenant les formules de divers corps mis en présence, et le second les formules des corps qui résultent des réactions survenues.

Exemple d’équation du premier degré (en ligne droite où rien ne se passe)

6 + X = 7

6 + 1 = 7 

X = 1    

  • Norbert attend un instant, je me sens poussée à regarder la date d’aujourd’hui !
  • WOUHA ! Incroyable ! Tout se rejoint vraiment sans notion d’espace ni de temps ! Nous sommes le 20/08, c’est la saint Bernard. Cette fête me renvoie au décès de la petite sœur de mon père, très tôt le matin du 21/08/1928. J’ai longtemps travaillé sur cette histoire ancienne. La méningite qui a emporté cette petite fille, s’est déclarée aux dernières heures dans la nuit de la saint Bernard. C’est époustouflant comme tout est vraiment relié ! Depuis que je prends conscience des synchronismes, j’en viens toujours à la même conclusion, c’est grandiose ! Par contre là, c’est encore plus grand ! L’univers est prodigieux et ça n’est pas terminé, je t’explique. Cette petite fille décédée toute petite était la fille de ma grand-mère. Sais-tu comment se prénommait ma grand-mère ?
  • Non !
  • Elle se prénommait M. et elle avait un fort caractère. C’est peut-être à cause de son fort caractère que tu as rompu ce matin avec Alice qui a un lien étymologique identique à celui de ma grand-mère. Mais ça n’est pas terminé. La chienne d’Alice qu’elle considère comme sa fille, s’appelle I.
  • Norbert, ma grand-mère est née à la Sainte I.
  • NON !!!!!!!!
  • Et si ! Alors écoute bien ! Alice a dans ses symboles un titre de noblesse, mais il semblerait qu’elle soit restée coincée dans l’énergie d’un ancien symbole la ramenant au « dieu mars ».
  • Lorsque tout ce regroupe comme ça Marie, nous passons de l’équation à l’algorithme. Une synchronicité est la résultante du croisement de deux algorithmes.

ALGORITHME selon l’Encyclopédie Larousse :

Le principe des algorithmes, mot dérivant du nom du mathématicien perse Al-Kharezmi, est connu quasiment depuis l’origine des mathématiques. Dès l’Antiquité sont proposés des procédés ou méthodes de calcul qualifiables aujourd’hui d’algorithmes (par exemple, calcul du PGCD ou résolution de certaines équations algébriques). Mais le concept ne sera développé et étudié qu’avec l’émergence, au xxe s., des sciences et techniques de l’informatique, puisque les algorithmes sont l’un des outils de base de la programmation. Ainsi, on appelle algorithme tout processus qui décompose une tâche globale en un nombre fini d’actions élémentaires (les primitives), susceptibles d’être effectuées par l’entité à laquelle en sera confiée l’exécution (le processeur), et qui en décrit explicitement l’ordonnancement temporel.

  • Trop fort ! Je ressentais bien qu’il me manquait un mot à mettre sur mes découvertes qui s’emboîtent comme un puzzle. Tu as raison, le mot algorithme m’apparaît adapté.

Toute ressemblance ou similitude avec des personnage ou des faits existants ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite.

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