La honte qui marque à vie !

Nous sommes au début des années cinquante. Les grands centres commerciaux où aujourd’hui on trouve de tout, ne sont pas prêt de sortir de terre.

A l’époque, il n’y a que des commerces de proximité dans les villages. Les adultes de la famille s’y rendent avec l’enfant pour y faire leurs emplettes. Il y a l’épicier, le boulanger, le droguiste, la mercerie, mais la fillette aime tout particulièrement la boutique de la marchande de journaux. A hauteur des yeux des gamins exprès, sur l’étagère à côté du comptoir, sont alignés de gros bocaux remplis de friandises multicolores devant lesquelles, elle tombe en pâmoison. Les friandises la narguent au point que, du haut de ses trois ans, elle louche devant. Elle a envie d’en croquer une !

L’enfant a repéré que pour avoir une friandise, il faut donner une pièce à la marchande.

Ce jour-là, elle est sur le trottoir avec son père et son grand-père maternel qui parlent ensemble. Elle voit la boutique à deux pas. La tentation est trop forte, elle réclame un sou avec insistance pour acheter un bonbon. Pièce en main, elle se dirige vers la boutique comme une grande, elle est fière. Elle pousse la porte, dit bonjour comme sa mère le lui a appris. La marchande lui demande ce qu’elle veut ? Sans un mot, son petit doigt se dirige vers le bocal dans lequel se trouve la friandise aussitôt arrivée sur le comptoir. Heureuse, l’enfant pose sa pièce à côté ! 

  • « Tu n’as pas assez d’argent. Qui t’a donné cette pièce ? dit la marchande de journaux d’un ton soupçonneux !
  • – Papa !
  • – Tu en es sûre ?
  • – Oui ! »

Ni une, ni deux, la friandise retourne dans son bocal. Malgré qu’elle soit toute petite, la fillette n’a pas de mal à comprendre.

  • – Elle pense que je l’ai volé ! – 

Vexée, elle se sent rougir, mais le pire reste à venir !

  • Elle va devoir sortir de la boutique sous le regard de son père à quelques mètres. Il s’est moqué d’elle ! Il l’a fait exprès ! Elle comprit bien plus tard qu’il ne lui avait donné qu’un centime.

L’enfant repasse la porte en sens inverse. Lorsqu’elle ose lever les yeux, son père et son grand-père sont pliés de rire sur leur trottoir ! La fillette est blessée, vexée, elle a honte !

Certainement a-t-il voulu lui donner une leçon afin qu’elle comprenne qu’il ne faut pas  réclamer. Si c’est vraiment ce qu’il cherchait, il a réussi ! Plus de cinquante ans après, la femme qu’elle est devenue, se souvient toujours de ce moment de solitude extrême éprouvé par l’enfant qu’elle était à l’époque.

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1 thought on “La honte qui marque à vie !

  1. Pauvre petite fille
    Les adultes sont souvent très méchants en pensant (c’est pas grave).
    Comme quoi les mots, les gestes, peuvent être un bien ou un mal.
    Et encore plus envers des enfants.

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