Pas possible de changer les gens !

Véridique, a son âge Léonie n’a jamais souri de sa vie. Elle dit les lèvres pincées qu’elle ne peut pas ! Pourquoi ? Mystère !

Pourtant, Léonie dit aussi avoir eu une enfance heureuse, une vie de jeune fille qu’elle regrette, mais une vie de femme désastreuse au cours de laquelle, elle a eu beaucoup trop d’enfants. Courageuse mais toujours fatiguée, épuisée, elle n’en a pas moins été là pour eux. Toute sa vie, elle a fait comme elle a pu, mais dominée par sa peur de, ce qui peut/va arriver ce soir ou demain matin, c’est certain !

C’est avec ce style de discours défaitiste qu’elle a élevé sa marmaille. Tous ont été nourri par ses appréhensions du lendemain, par sa peur de la mort, de la maladie, de l’accident, du malheur juste là derrière sa porte. Les peurs de Léonie ont accompagné leur biberon, leur purée, leur goûté, leur compote, leur adolescence, leur jeunesse et à force, leur vie d’adulte sans doute par affinité. Affinité ! Tiens pourquoi ce mot ? Pourtant oui, c’est celui qu’il faut ! Ils avaient respiré, absorbé, englouti, les peurs de leur mère jusqu’à ce qu’ils croient qu’elles étaient les leurs.

Un jour, l’un après l’autre, ils ont trouvé les peurs de Léonie indigestes. Pour les régurgiter, ils ont combattu, chacun y allant de son mal être. Certains en ont tiré de s’ouvrir à une nouvelle qualité de vie. Les autres cherchent encore la porte de sortie pour fuir les peurs de Léonie.    

Aujourd’hui alors qu’elle a largement entamé la dernière dizaine avant de devenir centenaire et alors qu’elle dit ne pas se plaire là où elle vit, Léonie continue d’énumérer donc d’entretenir ses peurs, cette fois à longueur de journée et de nuit peut-être :

Qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi je suis ici ? Je n’ai pas une belle fin de vie ! A nous (englobant ses enfants), il ne peut rien nous arriver de bon.

Et en boucle dès le matin :

Qui va s’occuper de moi à midi ? A midi, c’est la même rengaine : qui va s’occuper de moi ce soir. Et le soir, toujours la même chanson : qui va me lever demain matin.

Léonie oublie ce qu’elle dit dès l’instant où c’est dit alors elle répète ! Oui, Léonie oublie, mais elle est restée accrochée, prisonnière de ses pires souvenirs ! Le mot malheur lui est familier et ses peurs sont devenues sa seule raison de vivre ! Logique me direz-vous, elle n’a connu qu’elles. Ruminées à longueur de jour comme de nuit, les peurs de Léonie sont devenues indélébiles aujourd’hui. Pourtant, il y a quelques temps, elle eut tout loisir de s’en libérer aidée d’un de ses enfants qui a cherché a lui donner les outils pour le faire ! Par peur d’avoir peur en modifiant sa vision de la vie trop encrée, elle n’a jamais voulu l’écouter.

C’est ainsi que les enfants de Léonie ont saisi qu’il n’est pas possible de changer les gens s’ils n’en ont pas envie et encore moins lorsqu’il s’agit d’une maman.  

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