Prisonnière –

Après avoir fait tout ce qu’ils pouvaient pour qu’elle puisse vieillir chez elle, une nuit Léonie est tombée. Hospitalisée trois mois d’affilés, ses médecins ont conseillé aux enfants de lui chercher une maison de retraite.

L’admission de Léonie dans sa maison de retraite, s’est jouée sur l’accueil de la gouvernante. Souriante, chaleureuse, cette femme est un appât pour les familles en quette du meilleur pour leur parent. Associée au discours positif de la Direction, nous entrons dans la phase « endormissement » en acceptant l’hébergement. Malgré les belles promesses, il existe de grands manques non visibles dès le départ au niveau qualité de vie.

L’âge l’y menant, Léonie est de plus en plus prisonnière de son corps, de sa tête dans sa maison de retraite. Du coup, elle critique un peu tout et tout le monde. A-t-elle tord, a-t-elle raison ? D’aucun dirait qu’il ne faut pas prendre ce que dit Léonie au pied de la lettre. Mais d’aucun n’est pas Résident dans sa maison de retraite.

A entendre Léonie, les soignants ne seraient pas commodes. Tous auraient une dent contre elle comme d’ailleurs, les autres Résidents. Il est vrai qu’au niveau soins, tendresse, délicatesse, chaleur humaine, certains soignants semble avoir raté des modules de formation.

Entre Résidents, c’est parfois l’école maternelle.

    • Elle se plaint tout le temps dit Monsieur L. en montrant du doigt Léonie.
    • Lui, il retire toujours son dentier à table, c’est dégoûtant rétorque Léonie.
    • Elle en a de la chance Léonie, elle a toujours ses enfants près d’elle dit Elisabeth.
    • Ferme ta bouche, balance Léonie à Elisabeth, en rajoutant dans sa barbe « elle peut pas s’mêler de c’qui la r’garde ».

Ben non, ça ne badine pas à la maison de retraite où les petits vélos et les trottinettes,  sont remplacés par des déambulateurs et des fauteuils à roulettes.

Léonie qui – toute sa vie – a été discrète. Léonie qui préférait endurer que se faire remarquer, voilà qu’à presque cent ans, elle fait tout l’inverse.

Aujourd’hui Léonie souffre de plus en plus dans son corps, dans sa tête. Alors elle rejette, s’oppose, revendique. A son âge Léonie a retrouvé sa spontanéité enfantine, elle lâche-prise, se libère de ses limites à sa manière. En disant ce qui lui passe par la tête, peut-être s’offre-t-elle une nouvelle jeunesse ou fait-elle un pied de nez à sa peur de mourir.

Si vous l’approchez, Léonie va vous demander qui va la sauver ? Sans cesse elle réclame son médecin ! Pour elle, il a toujours raison. Face à lui, elle est dans la soumission ! Parfois il l’a sauvé c’est vrai, d’autres fois, elle a eu de la chance d’avoir ses enfants pour le faire bouger !

Ses enfants ! Aujourd’hui Léonie se compare à eux : – Oui, mais toi tu marches ! Oui, mais toi tu sors de chez toi ! Oui, mais toi, tu rencontres du monde ! – A part continuer d’être présents pour elle, que peuvent-ils faire contre l’usure du corps de leur mère, contre son âge ?

En décembre 2016, ils ont cru au chaleureux discours de la gouvernante leur ventant combien une fois Résidente, la vie de Léonie à la maison de retraite allait être belle ! Combien la vieille Dame serait chouchoutée par un personnel aux p’tits soins pour elle. Mais derrière toutes ces belles promesses, du vent ! Des endormeuses de familles, c’est tout !

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