« IL »

Un jour j’ai vécu un drame. C’était mi-janvier il y a X années.

Non ! Bien sûr que non, « IL » n’est pas arrivé par hasard ! « IL » avait été prémédité, maman et moi en avions été avisé. Connaître son mode d’emploi, ne nous a pas épargnées ! Nous l’avons redouté, imaginé tout en espérant qu’il n’arriverait pas. « Il » est arrivé sans que nous comprenions pourquoi nous subissions ça ?

Avant, je ne m’aimais pas. Après, ce fut la cata ! J’étais perdue, j’avais honte, je craignais le regard des autres. J’en voulais à « Il » !

Maman aussi a souffert le martyre. Logique, nous partagions un vécu dramatique que nous appréhendions chacune avec nos propres démons déchaînés dans nos esprits respectifs.

Malgré mes efforts pour le fuir, c’est usant, ça anéanti un drame, vous savez ! Pas moyen d’en sortir, ça impact chaque instant ! C’est tenace ! « Il » est là, il s’étale, met à mal vos plus beaux souvenirs qu’il écrase. Un drame ça se cramponne, ça obstrue vos pensées jusqu’à devenir une mémoire pour plus tard. Un drame se transmet sournoisement aux générations à venir !

« Mais bon sang comme j’aimerai m’en débarrasser. Comme j’aimerai ne plus y penser ! » me suis-je dit pendant des années. Impossible ! Un drame ça s’accroche, ça rend moche, ça détruit jusqu’à qu’on se dise : « C’est bon j’ai compris. Maintenant je fais quoi ? ».

Ben maintenant, je fais face. Je suis prête à le travestir, à le rendre beau dans mon souvenir pour qu’il s’apaise et m’apaise. Oui, j’étais prête ! Des outils m’ont été offerts, partagés, échangés ! A un vieil enseignement, j’ai été réveillée. A son – verbe – je me suis ralliée. Ainsi, j’ai pu nettoyer, pardonner.
Rien n’a été facile c’est vrai, mais j’étais prête. Petit à petit j’ai lâcher-prise, j’ai modifié le souvenir qu’« IL » m’avait laissé. Puis un jour, j’ai posé l’amour à la place du drame. « IL » n’a pas rechigné, il s’est retiré.
Malgré tout le temps passé, maman a continué de culpabiliser. A presque cent ans, elle reste noyée dans son drame. J’ai cherché à l’aider, à lui expliquer, à lui offrir, à lui partager mes outils. Elle n’a pas saisi ou elle n’a pas souhaité, ne voulant rien changer à la pénitence qu’elle s’inflige depuis X années. Toutes ces années après, elle est toujours dans les regrets, les remords, la culpabilité.
Est-ce « IL » qui s’accroche à elle ou elle qui s’accroche à « IL » ?

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