Quand le rêve se trompe !

Faisait-il froid mi-janvier soixante-dix ? Elle n’en a pas souvenir.

Après une nuit agitée, elle était partie travailler à vélo. Mais, ce matin-là sur la route, son esprit n’était pas tranquille ! – Sa mère était décédée dans son rêve. – A l’usine, jamais matinée n’avait été aussi longue, trop longue, interminable ! Après son rêve et un mauvais pressentiment, elle avait besoin de se sentir rassurée. Encline aux rêves prémonitoires, elle espérait ne pas avoir à rajouter celui-là à sa liste.

En embauchant à huit heures, elle était déjà certaine de ne pas pouvoir tenir jusqu’à la débauche à dix-sept heures ! Les téléphones portables n’existaient pas à l’époque, ni même les fixes chez les particuliers. Pour avoir des nouvelles de sa mère partie travailler aux aurores, elle allait devoir rentrer à l’heure du repas. Dès que l’alarme avait retenti dans l’atelier à midi tapant, elle s’était précipitée sur son manteau avant d’enfourcher son vélo dans la cour de l’usine.

Jamais elle n’avait pédalé aussi vite ! En mettant pieds à terre devant la maison familiale, tout lui avait semblé tranquille. OUF ! Elle s’était sans doute inquiétée pour rien. Mais, sa main à peine posée sur la poignée du portail, elle avait entendu du bruit dans son dos. C’était sa voisine qui arrivait en courant, le  visage défait :

  • « N’entre pas ! Ton père s’est blessé. Les pompiers viennent de l’emmener à l’hôpital, ta mère est partie avec eux. Viens les attendre avec moi ! »

Apprendre que sa mère n’était pas décédée, ne l’avait qu’à moitié rassurée. Que se passait-il ? Son frère, le petit dernier de la famille, était en train de dessiner sur la table du séjour ! Le voyant en entrant lui avait serré la poitrine. A peine la porte refermée, la voisine lui avait dit :

  • Viens avec moi dans la cuisine, j’ai à te parler !

Qu’allait-elle lui dire que l’enfant ne devait pas entendre ? Elle était comme sur du charbon ardent. A quoi devait-elle s’attendre encore ? L’enfer à la maison n’était-il pas suffisant ?

  • Assieds-toi !

Pourquoi prenait-elle tout son temps pour s’installer en face d’elle ? L’heure semblait grave ! Son visage était à la fois sérieux et compatissant ! Qu’avait-elle donc à lui dire ? La regardant droit dans les yeux, elle avait fini par parler :

  • Ton père a voulu se suicider, mais ne t’inquiètes pas, les pompiers sont arrivés à temps. Chez toi, ça n’est pas beau à voir. C’est pourquoi, j’ai préféré te ramener avec moi.

Il avait tellement dit qu’il le ferait comme pour se venger dont on ne savait quoi, qu’elle n’en avait été qu’à moitié surprise. Le choc n’en avait cependant pas été moins violent.

Par la fenêtre en début d’après-midi, elle avait vu sa mère revenir dans une voiture de police.

  • Elle n’était pas morte, mais elle avait l’air hagard, anéantie, ses épaules semblaient chargées de tous les malheurs de la terre. 

Un policier était venu la chercher alors qu’elle était toujours comme tétanisée sur la chaise de la voisine. L’homme l’avait fait sortir pour l’interroger. C’est par ce policier en civil qu’elle avait appris le décès de son père.

Mais pourquoi son inconscient lui avait-il annoncé le décès de sa mère ? Serait-ce parce qu’après, elle n’était plus qu’une morte vivante ?!

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