Merci Odile

Même si elle sait qu’elle ne lira jamais son récit, la fille aînée de Germaine tient à rendre hommage à Odette. Odette de la maison de retraite. Cette femme d’un aspect sec et au visage fermé, n’incite pas à l’aborder. D’ailleurs sa mère dit qu’elle est « mauvaise ». Oui, mais pour maman, que ce soit Odile, Lucette, Sylvie ou une autre, elles sont toutes « mauvaises ». Cela étant, elle va la visiter régulièrement. Elle, sa fille, observatrice, elle entend, elle voit et elle se fait sa propre opinion. Alors oui, certaines des accompagnantes de la maison de retraite sont braques, leur langage parfois autoritaire, mais hier, elle a été agréablement surprise.

Germaine se plaignait comme d’habitude qu’on allait l’oublier pour la coucher et comme hier soir c’était Odile, elle en a remis une couche, disant – j’appréhende quand je sais que c’est Odile ! – Alors Germaine, elle s’excite ! – Où sont passées ses robes ? – Toutes bien alignées dans sa penderie. – Jamais il n’aurait fallu que je vienne ici – Evidemment, la fille la comprend, mais Germaine rejette que son état ne laissait plus le choix à ses enfants ! – Et pis, je vais encore souffrir quand elle va me mettre au lit parce que celle-là, elle n’est pas commode. – La maman a de gros problèmes aux jambes qui lui fond échapper des cries lorsqu’elle est mise au lit. La fille le sait bien sûr, mais justement, elle n’a pas encore eu l’occasion d’être présente lorsque c’est Odile. Odile vient de rentrer chez la voisine d’en face ! Alors maman s’énerve, vocifère de plus belle qu’elle l’a oublié et qu’elle va devoir se coucher comme elle va pouvoir, toute habillée. En plus, elle a envie d’aller aux WC ! La fille essaie de la rassurer. – Mais, maman ne t’énerve pas comme ça ! Odile est chez ta voisine, elle va venir dès qu’elle aura fini. – Mission impossible ! – Non, je l’ai vu sortir, maintenant, elle est partie. Et pis d’abord, on ne voit pas d’ombre bouger sous la porte. – La fille préfère ne plus répondre, ne pas rassurer Germaine, ça n’est pas la peine ! Alors, elle observe !

Elle n’a pas Odile ressortir de chez la petite Dame d’en face. Il est vrai que lorsque c’est une des autres accompagnantes, le couchage de la petite centenaire d’en face est vite fait ! Bref, je continue d’observer sans rien dire, surtout pas parce que c’est vrai qu’elles ne sont pas mises au lit les mamies, elles y sont jetées en quelques minutes. Y pensant, je finis par me dire que maman doit avoir raison parce que là, c’est trop long par rapport à d’ordinaire. J’ai dû rater la sortie d’Odette. D’habitude, en 15 mns montre en mains c’est bâclé. Souvent, elles ne sont pas changées pour la nuit. Juste déshabillée sans toilette. NORMAL, j’entends souvent dire que maman a été changée avant la cantine. Je ne dis rien, je n’y suis pas ! Mais bon, couches obliges, c’est facile. Bon, revenons à nos moutons… les revendications de maman s’éternisent, la porte de la mamie d’en face s’ouvre sur Odette. « Chapeau » me dis-je, dans ma tête, elle a fait correctement son boulot la « mauvaise » (ce n’est pas moi qui le dis, je ne connais pas Odette). D’un coup, Maman stop ses critiques. Odette entre. Nous nous saluons. Elle emmène maman aux WC. Le temps passe, je n’entends pas ce qu’elles se disent, mais elles papotent calmement. Puis le fauteuil de maman réapparaît, la voilà prête pour la nuit. Odette s’affaire de nouveau sans un mot. Maman dit que le plus dur reste à faire… Odette s’étonne ! Maman lui dit « oui, j’ai peur du passage au lit, j’ai tellement mal dans mes hanches, mes jambes ». J’avoue que c’est aussi pour moi, un moment difficile à chaque fois de l’entendre crier pendant son transfert du fauteuil au lit. J’observe ! Odette s’affaire. Pas un crie ! Maman est accompagnée en douceur et moi de dire une fois maman allongée. « Woua, maman, tu te rends compte, sans un crie, c’est bien la première fois ». Odette me regarde étonnée. Je peux enfin voir son regard clair d’une douceur extrême et toutes les trois nous mettons à rire aux éclats. J’insiste à lui dire que c’est la première fois que je n’entends pas maman hurler à la mise au lit. Le visage d’Odette ne se referme pas, au contraire il s’éclaire sur un magnifique sourire puis, elle s’en va avec quelques mots gentils. La porte refermée, je dis à maman « Odette paraît fermée, mais c’est tout le contraire. Elle est d’une douceur incroyable ». Et maman de me dire « Quand tu reviendras apporte moi une belle boite de gâteau pour lui en faire cadeau ». Ne nous fions pas au premier regard porté sur quelqu’un. Un mot gentil, un sourire et une personne dont l’aspect est aigri, devient d’une douceur, d’une beauté sans pareil. Merci à vous Odette de faire votre job avec votre cœur