Merci Odile

Même si je me doute qu’Odile ne lira jamais mon récit, je tiens à lui rendre hommage. Odile de la maison de retraite dont le visage fermé, n’incite pas à l’aborder. D’ailleurs maman dit – elle est mauvaise -. Oui, mais pour Léonie, que ce soit Odile, Lucette, Sylvie ou les autres soignantes, elles sont toutes « mauvaises ».

Cela étant, la fille va régulièrement visiter la mère. Observatrice, elle se fait sa propre opinion. Alors oui, certaines à la maison de retraite sont braques, leur langage pas toujours adapté, mais hier ce fut la surprise et une bonne surprise.

Maman se plaignait comme d’habitude ! On va l’oublier à l’heure du coucher et comme c’est Odile qui doit s’en occuper, elle en a remis une couche – j’appréhende quand je sais que c’est elle ! – Maman s’excite ! – Où sont passées mes robes ? – Elles sont toutes bien alignées dans ta penderie maman ! – Jamais il n’aurait fallu que je vienne ici – Comme je la comprends ! Léonie n’accepte pas que son état n’ait pas laissé le choix à ses enfants ! – Et pis, j’appréhende aussi quand elle va me mettre au lit parce que celle-là, elle n’est pas commode. – A son âge bien sûr, pas facile les douleurs si bien qu’elle souffre et crie lors de sa mise au lit. Je sais tout ça bien sûr, mais je n’ai encore pas eu l’occasion d’être présente lorsque c’est Odile.

Odile vient de rentrer chez la voisine d’en face ! Alors Léonie s’énerve, vocifère de plus belle – elle va m’oublier. – Si elle n’arrive pas, je vais me coucher toute habillée et j’ai envie d’aller aux WC ! –

La fille sait bien que c’est impossible, sa mère qu’elle tente de rassurer n’en est plus incapable. – Maman ne t’énerve pas comme ça STP ! Odile est chez ta voisine, elle va venir dès qu’elle aura terminé avec elle. – Mission impossible ! – Non, je l’ai vu sortir, maintenant, elle est partie. Et pis d’abord, y’a pas de lumière sous la porte. – La fille préfère ne plus répondre, ne plus rassurer Léonie, elle rejette tout, ça n’est pas la peine ! Alors, elle observe ! Elle n’a pas vu Odile ressortir de chez la Dame d’en face et il est vrai que d’ordinaire, le couchage de la petite centenaire est vite fait ! Bref, la fille observe sans rien dire, mais c’est vrai qu’elles sont rarement mises au lit avec précaution les mamies. Elles passent de leurs vêtements de jour, à leurs vêtements de nuit, souvent sans toilette intime alors que la directrice prétend le contraire.

La fille finit par se dire que sa mère doit avoir raison. Odile est sûrement ressortie et elle l’a oubliée.  Le temps passe, les revendications de Léonie s’éternisent lorsque la porte de la mamie d’en face s’ouvre sur Odile. – Chapeau – se dit la fille – elle a fait correctement son boulot la « mauvaise » -. En voyant entrer Odile, Léonie stop instantanément ses critiques.

Mère et fille saluent Odile qui emmène Léonie dans la salle d’eau. Le temps passe, la fille les entend qui papotent sans comprendre ce qu’elles se disent. Puis Léonie réapparaît sur son fauteuil, la voilà prête pour la nuit. Odile s’affaire de nouveau cette fois sans un mot. La mère dit que le plus dur reste à venir… Odile s’étonne ! La mère lui dit – oui, j’ai peur de passer au lit, j’ai tellement mal dans mes jambes -.

La fille s’avoue intérieurement que c’est difficile aussi pour elle de l’entendre crier pendant son transfert du fauteuil à son lit. Odile s’affaire, la fille observe sans rien dire ! Pas un crie ! Léonie est mise au lit en douceur. La fille dira une fois la mère couchée pour la nuit. – Woua, maman, tu te rends compte, sans un crie, c’est bien la première fois -. Odile la regarde étonnée. La fille voit pour la première fois, dans son regard clair, une extrême douceur. Toutes les trois se mettent à rire aux éclats.

– C’est la première fois que maman ne crie pas pendant son transfert dans son lit ! –

Cette fois, le visage d’Odile ne se ferme pas, au contraire il s’éclaire sur un sourire magnifique avant qu’elle parte en prononçant quelques mots gentils. Une fois la porte refermée, je dis à maman :

  • – Odette paraît sévère, mais c’est tout le contraire. Elle est d’une douceur incroyable -.

Et Léonie de répondre – Quand tu reviendras apporte moi une belle boite de gâteau pour que je puisse lui en faire cadeau -. Ne nous fions pas au premier regard porté sur quelqu’un. Un mot gentil, un sourire et une personne dont l’aspect est aigri, devient d’une douceur, d’une beauté sans pareil.

  • Merci à vous Odile de faire votre job avec votre cœur.

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